La CNIL traite le pixel de suivi d'un email comme un cookie depuis le 14 juillet 2026. Le piège n'est pas la règle — c'est le réglage par défaut. Nous y sommes tombés.
Depuis le 12 mars 2026, la CNIL traite le pixel de suivi d'un email comme un cookie : une image invisible, un pixel transparent glissé dans le corps d'un courriel, qui déclenche une requête vers un serveur dès l'ouverture et révèle que le message a été lu — parfois avec l'heure, l'appareil, la localisation approximative. La recommandation exige un consentement préalable, sur le fondement de l'article 82 de la loi Informatique et Libertés, le même texte qui encadre les cookies web. Le délai de mise en conformité a expiré le 14 juillet 2026, jour de la publication de cet article. Des contrôles sont annoncés à partir de cette date. Deux exemptions seulement : les emails transactionnels (confirmation de commande, réinitialisation de mot de passe) et la mesure de délivrabilité technique. Une newsletter n'est ni l'un ni l'autre.
Jusqu'ici, rien que vous n'ayez pu lire ailleurs. Ce qui suit, en revanche, personne ne l'a raconté comme ça — parce que c'est notre propre piège, découvert la veille de la deadline.
Brevo est notre outil d'emailing, celui qui envoie les newsletters EuTrustedIA. Le 13 juillet 2026, à la veille de l'expiration du délai, nous sommes allés vérifier son réglage de consentement au pixel. L'option s'appelle « Consentement au suivi par pixel par contact ». Elle était sur « Non ».
Le réflexe, en lisant ce libellé, est de comprendre : le suivi par pixel est désactivé. C'est la lecture naturelle d'un « Non » accolé à un mot qui évoque une fonctionnalité de tracking. Sauf que le texte d'aide, affiché juste en dessous, disait autre chose : « Lorsque cette option est désactivée, tous les contacts sont suivis. »
Il faut relire cette phrase deux fois pour en saisir le sens exact. « Non » ne signifiait pas « pas de suivi ». Il signifiait « je n'exige pas de consentement pour suivre » — et l'absence d'exigence, par construction, ouvre le suivi à tous les contacts, consentement obtenu ou pas. Le réglage qui ressemble le plus à une case de désactivation est en réalité la case la plus permissive des deux.
Nous avons basculé l'option sur « Oui ». Et c'est là que la deuxième surprise est arrivée : une quatrième option est apparue à l'écran — une case pour décider si l'on suit ou non les contacts dont le consentement est inconnu, ni accordé ni refusé explicitement. Cette case n'existait tout simplement pas dans l'écran précédent. Elle n'était ni grisée, ni cachée derrière un accordéon : elle n'était pas rendue. L'interface ne montre pas l'intégralité de ses propres réglages tant qu'on n'a pas fait le choix qui les débloque.
Ce n'est pas une accusation contre Brevo. C'est notre outil, nous le gardons, et le libellé, pris au pied de la lettre, est techniquement exact : quand l'option est désactivée, effectivement, tous les contacts sont suivis — c'est écrit noir sur blanc. Le problème n'est pas un mensonge, c'est un défaut d'usine qui laisse passer l'interprétation la plus dangereuse sans qu'aucun signal ne vous arrête. Et ce travers n'est pas propre à un éditeur : c'est un biais répandu dans tout le secteur du SaaS, où le réglage par défaut est presque toujours celui qui collecte le plus, parce que c'est celui qui coûte le moins cher à l'éditeur en friction d'onboarding.
La non-conformité de masse qui va suivre le 14 juillet ne viendra pas, dans la majorité des cas, d'une volonté de contourner la CNIL. Elle viendra de milliers de « Non » lus dans le mauvais sens, sur des interfaces où le texte d'aide existe, est même juste, mais où personne n'a le réflexe de le lire jusqu'au bout un vendredi soir entre deux campagnes à boucler. Nous ne faisons pas exception : nous étions, le matin du 13 juillet, dans la même situation que n'importe quel solopreneur pressé qui envoie sa newsletter avec les réglages sortis de la boîte.
Le raconter sans l'écarter est le point de cet article. Il aurait été plus confortable d'écrire une synthèse de la recommandation CNIL et de s'arrêter là. Mais une synthèse de plus n'apprend rien que vous ne puissiez lire sur le site de la CNIL elle-même. Ce qui a de la valeur, c'est le mécanisme précis qui fait qu'une personne attentive — nous, en l'occurrence, dans un métier où la conformité est le produit — peut passer à côté sans s'en rendre compte pendant des mois.
Il y a une règle générale derrière cet incident, et elle vaut bien au-delà de l'emailing. Un réglage par défaut, sur un chemin de conformité, devrait protéger l'utilisateur — pas le laisser passer par accident. Quand une case à cocher a deux états et que l'un des deux expose plus de données que l'autre, le défaut d'usine devrait être l'état le plus prudent, celui qui demande une action explicite pour s'ouvrir, pas l'inverse. C'est le principe du privacy by default que porte l'article 25 du RGPD, mais transposé ici à un détail d'UX que personne ne relit après le premier paramétrage.
Ce principe ne s'arrête pas aux outils d'emailing. Il vaut pour chaque option de chaque outil IA que vous utilisez au quotidien : le réglage de partage des conversations avec un modèle tiers, l'option d'entraînement sur vos données activée par défaut dans un assistant, la case « améliorer le produit » précochée dans un SaaS que vous venez d'installer. À chaque fois, la question à se poser n'est pas seulement « qu'est-ce que ce réglage fait », mais « que se passe-t-il si je ne le touche jamais, et est-ce que ce silence me protège ou m'expose ». Une interface bien conçue répond à cette question dans le libellé lui-même, sans obliger à deviner. Une interface mal conçue vous fait croire que vous êtes en règle simplement parce qu'un mot rassurant — « Non », « Désactivé », « Privé » — figure à côté d'une case.
C'est exactement le principe que nous appliquons de notre côté dans nos propres audits POSITRONIA : quand un scan ne parvient pas à déterminer avec certitude si un point est couvert, il ne se contente jamais de renvoyer un statut neutre ou favorable par défaut. Il remonte rouge, signalé comme incertain, et c'est à l'utilisateur de trancher en connaissance de cause. Un audit qui affiche vert par défaut quand il ne sait pas est aussi trompeur qu'un « Non » qui veut dire « tout le monde est suivi ».
La recommandation CNIL du 12 mars 2026 ne se limite pas au principe du consentement préalable : elle précise aussi la manière dont ce consentement doit être recueilli et documenté — un bandeau ou une case à cocher spécifique au moment de l'inscription à la newsletter, distincte du consentement à recevoir des emails commerciaux, avec la possibilité de retirer ce consentement aussi facilement qu'il a été donné. Un contrôle ne portera donc pas seulement sur l'existence d'un pixel, mais sur la traçabilité du choix : pouvez-vous montrer, pour un contact donné, à quelle date et par quel geste il a accepté d'être suivi à l'ouverture. C'est un niveau de granularité que peu d'outils d'emailing exposent nativement dans leur tableau de bord — encore un endroit où le réglage par défaut de l'éditeur ne suffit pas à répondre à la question posée par le texte.
Ouvrez votre outil d'emailing — Brevo, Mailchimp, ou n'importe quel autre — et cherchez le réglage de consentement au pixel de suivi. Ne vous arrêtez pas au mot affiché sur le bouton. Lisez le texte d'aide en entier, jusqu'à la dernière phrase, même quand il semble redondant. Basculez l'option pour voir si de nouveaux choix apparaissent une fois l'écran déplié — comme la quatrième case que nous avons découverte chez Brevo. Si vous envoyez une newsletter ou une séquence marketing à des contacts qui n'ont pas explicitement consenti au suivi d'ouverture, corrigez le réglage aujourd'hui : c'est gratuit, ça prend cinq minutes, et ça ne dépend d'aucun outil tiers.
Ce que nous avons fait de notre côté, très précisément : nous avons basculé le réglage Brevo sur consentement requis, et nous avons vérifié que la case de suivi des contacts au consentement inconnu était elle aussi positionnée du côté prudent. C'est le geste que nous avons posé — pas un statut, une action.
Ce que l'audit apporte en plus, quand vous voulez aller plus loin que ce seul réglage : une cartographie de l'ensemble de vos outils tiers et de leurs réglages par défaut, pas seulement l'emailing — CRM, analytics, chat support, chacun avec ses propres pièges de case à cocher. C'est ce que documente POSITRONIA-CORE, en local, sans jamais faire remonter votre code ou vos données de configuration : un inventaire des angles morts, présentable ensuite à un DPO ou un avocat tech pour la décision finale.
Cet article est un article de blog éditorial. Il ne constitue pas un avis juridique individualisé. Pour une analyse adaptée à votre cas, consultez un DPO ou un avocat tech. Source : CNIL, Recommandation relative aux pixels de suivi dans les courriels, adoptée le 12 mars 2026 — cnil.fr/fr/recommandation-pixel-suivi-courriels.
Rédaction aidée par IA Claude (Anthropic) — transparence volontaire, dans l'esprit de l'AI Act. Production éditoriale et validation factuelle 100 % humaines, Laurent SOUHY, EuTrustedIA.